Visite de la biennale Bâtir Vivant par l’institut du Design Soutenable - Ou comment créer des matériaux et objets avec de la matière uniquement issue de la Nature
Je vous propose une visite de la biennale “Bâtir Vivant”, organisée par l’institut du design soutenable. Partons à la rencontre de ces innovations, et de ces nouveaux matériaux créés par des designers ingénieux, qui remettent en question les standards de conception habituels !
Sans plastique, uniquement fabriqué à partir du vivant, ces matériaux sont beaux, inspirants et poétiques.
Coucou la maisonnée ! J’espère que vous êtes en forme en ce début de printemps, même si le soleil n’est pas au rendez-vous en ce moment ! Je reprends du service sur cette partie blog, et j’avais envie aujourd’hui de vous parler de ma journée d’hier, riche en rencontres et en découvertes !
Effectivement, après une annonce vue sur Instagram sur la page du podcast que j’adore “Où est le beau” qui était à la recherche de bénévoles pour effectuer les visites de leur exposition, je me suis portée volontaire, et j’ai donc effectué ma première journée hier ! J’en ai profité pour visiter toute l’exposition, discuter avec la commissaire de l’expo, mais aussi les designers et artistes, et j’avais envie de vous faire une petite visite virtuelle de cet événement que je vous recommande chaudement !
La biennale est à découvrir à partir d’aujourd’hui, le 2 avril 2026, jusqu’au 12 avril, à deux pas des champs Elysées à Paris (vous pouvez prendre vos places ici).
Pièces de la collection House of Cassandre
Suspensions en mycellium de Boutures
Vous allez me dire, ok c’est bien, mais ça veut dire quoi “Bâtir Vivant”?
C’est un sujet dont on parle je trouve trop peu, mais qui est extrêmement important, car la plupart des gens ne sont pas conscients de toutes ces problématiques. Ici, nous allons parler plus en détail de l’impact du plastique et de la pétrochimie, présents partout autour de nous, et plus spécifiquement, dans nos intérieurs.
Tout d’abord, quelques chiffres. Nous passons environ 80% de notre temps en intérieur, que ce soit chez nous, à la maison, mais aussi au bureau, au restaurant, quand on fait nos courses, etc… Et peut-être que vous ne le savez pas, mais l’air intérieur est, d’après les dernières recherches, plus de 100 fois pollué que l’air extérieur. En cause ? L’omniprésence du plastique entre autres.
Et oui, on ne s’en rend pas compte (moi la première il y a encore quelques années), mais votre canapé en tissu que vous adorez, ce coussin si joli acheté en ligne, ou la peinture que vous adorez sur le mur de votre chambre, sont en réalité composés pour la plupart de matières synthétiques, donc plastique.
Sauf que, le problème avec le plastique, c’est d’une part qu’il restera toujours un déchet (la nature est incapable de le décomposer et d’en faire des nutriments pour les plantes par exemple), mais aussi qu’il se retrouve carrément dans notre corps, sous forme de microplastique. Pourquoi? Parce que le plastique, sous l’effet des frottements/mouvements, des UV ou de la chaleur, se fragmente, et devient si minuscule qu’il en est invisible. Et malheureusement, cette accumulation de plastique de notre corps nous rend malade. Alors maintenant que l’on sait tout ça, on fait quoi ?
En tant qu’éternelle optimiste, j’ai choisi de suivre la voie de réfléchir autrement que les standards actuels
Et c’est exactement le sujet de l’exposition dont je vous parle aujourd’hui. En gros, avec toutes ces connaissances, que pouvons nous faire pour inventer un nouveau monde, changer de paradigmes? La biennale nous présente des innovations, des matériaux uniquement créés à partir du vivant, sans aucun plastique ni intervention pétrochimique. L’objectif ? Qu’à la fin de leur vie, ces objets, ces matériaux, ces meubles, puissent revenir dans la nature, sous forme de compost par exemple, avec une empreinte la plus moindre possible sur la planète.
Récemment, je lisais un livre sur le principe de Permaculture en entreprise (extrêmement intéressant, je vous le conseille!), et il était indiqué dans celui-ci que la nature ne produit aucun déchet. La feuille morte, qui tombe dans l’herbe, va venir nourrir tout un petit monde, se décomposer, et être utile aux insectes ou à la terre par exemple. C’est la même chose pour tout ce qui est présent naturellement sur la planète. Et c’est justement ce que n’est pas le plastique. Quoi que l’on fasse, à la fin, le plastique sera toujours là, pendant des milliers d’années, même sous forme de nanoparticules.
Alors est-ce qu’on choisi un monde où l’on produit toujours plus de plastique, alors que le plastique qui existe déjà sur cette terre nous envahit, ou bien est-ce qu’on essaierai pas de faire autrement? C’est la deuxième option qui m’inspire, et dont traite l’exposition.
Pour que cela soit peut-être plus clair pour vous, lorsqu’on produit quelque chose, un vêtement, un bâtiment, un objet ou un meuble, en tant que designer, on doit penser à tout son cycle de vie, de l’idée à la fin de vie de l’objet en question. Je vous ai fait un petit schéma pour que cela soit plus simple à comprendre.
L’analyse du cycle de vie d’un produit permet de réfléchir à toutes les étapes de production et d’usage, mais aussi sur la façon de penser à où et comment il va se désagréger à la fin de la chaîne d’utilisation de celui-ci.
Ici, la sublime scénographie de la biennale Bâtir Vivant, imaginée par Adra Studio. On peut facilement imaginer que tous ces végétaux pourront être compostés à la fin de l’exposition par exemple, et ne seront donc pas un déchet éternel pour la planète.
Un dernier graphique illustrant le fait que le secteur le plus polluant en terme de déchets en France reste celui du bâtiment, preuve que nous avons un grand rôle à jouer également en tant que spécialistes de l’habitat pour ces enjeux actuels.
Il y a un premier argument que j’entends souvent, c’est “oui mais le plastique, je le met dans la poubelle jaune, pour qu’on le recycle”. Mais est-ce que vous connaissez les chiffres du recyclage en France? Et bien, je vais déjà vous en donner un : deux tiers du plastique en France n’est pas recyclé. Et donc, si il n’est pas recyclé, il se retrouve dans la nature. De plus, de nombreux plastiques ne sont dans tous les cas pas recyclables. Une fois produit, il existera donc quasi éternellement sur terre. Deux sources très intéressantes sur ce sujet, tout d’abord le site de l’ADEME, où vous trouverez de nombreuses informations fiables, mais aussi le documentaire Homo Plasticus d’Arte, visible également à la biennale, qui nous explique très précisément les effets des microplastiques sur notre santé.
Banc en rotin et bambou, Wild Side Stool par Aurélie Hoégy
Recherches de Vivien Roussel autour de la bactérie et du kombucha
Fleurs bougies
En plus des microplastiques, ces matériaux synthétiques diffusent des Composés Organiques Volatiles, les COV, souvent présents dans les matières qui composent nos maisons (peinture, cloisons, revêtements de sol, colles présentes dans les meubles, etc…). Ce sont des éléments invisibles, sans odeurs, qui vont venir petit à petit polluer nos habitats, mais aussi détériorer notre santé et celle de nos enfants.
Bon, vous l’avez compris, je pourrai parler de ce sujet pendant des heures, d’ailleurs vous retrouverez une page plus spécifique sur ce site si cela vous intéresse de creuser un peu le sujet avec moi par ici.
Des néo matériaux et des objets uniquement créés à base de matière vivante
Tout d’abord, qu’est-ce que le vivant ? Comme cela est très bien expliqué à la biennale, par Hélène Aguilar, on peut considérer qu’il y a trois grands règnes, et un socle :
la croûte terrestre : elle accueille et nourrit tous les règnes
le règne végétal
le règne animal
le règne fongique et les bactéries (les champignons etc…)
Ces éléments forment un grand tout, où la matière organique est digérée, transformée, redistribuée. Il n’y a donc, de fait, aucun déchet. Ce n’est qu’un cycle, tout travaille ensemble.
Et puis, il y a 120 ans, a été créé le plastique. Ce qui était censé être une révolution nous mène aujourd’hui à notre perte. Alors, les designers et artistes exposants à la biennale ont eu comme parti pris de ne travailler que la matière issue du vivant, pour qu’à la fin, il ne reste vraiment rien. Car le meilleur déchet, c’est celui que l’on ne produit pas.
—- Briquettes de revêtement en marc de pommes —-
Gros coup de coeur tout d’abord pour ce revêtement mural, fabriqué à partir de déchets de pommes. Les designers de la marque Adaozan ont imaginé ces briques de parement afin de valoriser les déchets de la production de cidre en Bretagne, d’où elles sont originaires.
Ce matériau est entièrement fabriqué en low-tech, c’est à dire en utilisant très peu d’énergie, sans aucun liant chimique, et il est 100% biodégradable, difficile de faire mieux !
Ce que j’aime particulièrement, c’est la couleur de ce matériau, dans des teintes acajou, qui n’est pas ajouté, mais qui est en réalité l’oxydation naturelle de la pomme. Le petit effet terrazzo quand on s’en approche est vraiment sympa !
—- Panneaux acoustiques en laine et bambou —-
Ici, on découvre des panneaux acoustiques fabriqués avec uniquement deux matériaux : le bambou, et la laine.
Ce que j’aime particulièrement, c’est déjà le look de cette cloison, qui devient une vraie œuvre d’art. On a tout de suite envie de toucher, presque de s’y lover. La structure en bambou ajoute une touche de couleur qui n’est pas pour me déplaire.
Cette pièce est intitulée “Intervalle”, et a été conçue par Joséphine Vekemans.
Le cadre est fabriqué en bambou local des Cévennes, sans traitement chimique. La laine, naturelle et vierge, est non traitée, et issue de la filière française.
Ce qui est intéressant également, c’est que ces deux matières sont toutes les deux renouvelables, c’est à dire qu’à la différence d’un minéral par exemple, où une fois qu’on l’a extrait, il ne repousse pas ahah, et bien ici, le bambou va continuer sa pousse, et le mouton une fois tondu aura toujours de la laine qui se développera sur sa peau.
L’atout de la laine, pour cet usage, c’est qu’en plus de l’esthétique, c’est une matière isolante et ignifuge. A la fin de sa vie, cette cloison peut être compostée ou partir en réemploi.
—- Revêtements en papier japonais —-
A gauche, vous voyez l’œuvre du travail de Baptiste Meyniel, qui est entièrement réalisée à partir de matières végétales.
Il a utilisé une technique japonaise, en associant le papier Washi au jus fermenté du kaki (oui oui, le fruit), aussi appelé le “Kakishibu”(j’adore ce nom trop mignon). En induisant le papier de ce jus, en une à six couches, le designer permet au papier d’améliorer sa résistance, qui devient alors aussi solide que du tissu par exemple.
Le kakishibu apporte aussi sa jolie couleur orangée au papier, je suis fan ! Les lés de papiers sont ici assemblés grâce à des baguettes en bois, emboîtées entre elles.
Ce système permet une installation pratique et rapide.
Ce dispositif, l’association du papier washi et du kakishibu, permet à ce nouveau matériau de devenir résistant à l’eau, sans être cependant étanche, mais aussi antibactérien et antifongique.
Sincèrement, j’aime beaucoup, le rendu en vrai est très beau, j’imagine complètement ce revêtement en cloison séparative dans un intérieur, avec les papiers qui bougeraient au rythme de l’air.
En bas de l’image, vous pouvez aussi voir des objets réalisés avec la même méthode. Hyper joli vous ne trouvez pas?
—- Marqueterie de pissenlit —-
Ci-dessus, voici le travail de Chloé Grasset, qui travaille la tige du pissenlit pour la transformer en marqueterie. J’ai pu discuter hier avec Chloé, qui est adorable et passionnée, c’est tellement appréciable de pouvoir échanger avec les designers !
Ce que j’aime plus particulièrement, c’est que la tige du pissenlit va petit à petit changer de couleur au fil du temps, passant du vert au violet ou à l’orange par exemple. J’adore me dire que l’objet change au fil du temps, et que celui-ci reste vivant tout au long de sa vie.
—- Cloison en mycellium (champignons) —-
Cette cloison a été cultivée ! J’adore ce principe, trop inspirant.
Pour cette oeuvre, l’artiste Come Di Meglio a imaginé un dispositif à la croisée de l’art, de l’architecture et de l’écologie.
Intitulée “Architecture du souffle”, cette cloison arrondie et son banc à l’arrière a été entièrement fabriquée en mycellium, le réseau de filaments constituant la partie souterraine des champignons. Cet organisme vivant est omniprésent dans la nature.
Entièrement biodégradable, ce mycellium a été cultivé à l’intérieur de moules prenant la forme de la cloison et de bancs, sur des déchets naturels. Aucune colle provenant de la pétrochimie n’a été utilisée.
Son apparence minérale lui donne un charme fou, et le contraste avec son aspect au toucher est saisissant ! La matière est douce, un peu molle, chaude, tout l’inverse de la pierre par exemple.
—- Mobilier et décoration sans plastique —-
Tête de lit “Corolle”, Hermine Torikian pour House of Cassandre, en marqueterie de bois local.
Fauteuil Maguey, de Fabrice Peyrolle, fabriqué à partir de la tige de la fleur d’Agave, plante considérée comme invasive dans les calanques de Marseille, et de la fibre de l’agave pour l’assise.
Totem “Fleur de Terre” de Sophie Agullo, fabriqué en argile locale.
Suspension en bambou local imaginée et réalisée par la designer Laure Julien
—- Fleurs transformées en bougies —-
Je termine ce petit tour de l’expo (et encore, je ne vous ai partagé que quelques œuvres présentées) par ces fleurs bougies, qui m’ont beaucoup séduis !
Réalisées par l’herboriste Anna Karhu Cormier, les fleurs sont tout d’abord glanées dans la nature, puis séchées, sans aucun traitement chimique. Elles sont par la suite recouvertes de cire d’abeilles associées à des huiles essentielles bio, tout en conservant la forme originelle de la fleur.
C’est drôle car au début, je n’ai pas compris que c’étaient des bougies, avant de lire la fiche explicative. Si vous regardez bien, vous verrez la mèche, au pied de chaque fleur (en haut donc).
Le mur de bougies ainsi créé est vraiment très poétique et esthétique, j’adore !
Et pour des projets d’architecture d’intérieur, ça donne quoi ?
Dans l’expo, on découvre de nombreux prototypes, des matériaux encore en phase de recherche, mais ces pistes dans des domaines transverses, m’aident à repenser ma pratique, et à modeler une nouvelle façon de travailler. Depuis déjà quelques années, et encore plus ces derniers temps, j’intègre ces connaissances dans mes projets.
Comme indiqué dans une des salles de l’exposition, je suis un peu comme un chef cuisinier, qui aurait servi des ingrédients à ses clients pendant des années, qui étaient très bons, mais un jour, il se rend compte que ces ingrédients sont en fait nocifs pour la santé. Il ne va pas continuer de les servir, sous prétexte qu’ils sont bons ! Alors, comme ce chef cuisinier, je fais en sorte aujourd’hui de réfléchir à la santé des habitants des lieux que je dessine, ainsi qu’au respect de l’environnement, en amont du projet afin de réduire les déchets de démolition par exemple, mais aussi les matériaux que je prescrits, et enfin, le mobilier que je préconise.
Je vous invite à aller consulter ma page dédiée aux projets durables sur ce site, et n’hésitez pas à me contacter si vous avez la moindre question, ou envie que l’on collabore ensemble !
Et voilà, c’est déjà la fin !
Merci de m’avoir lu jusque là la maisonnée, j’espère que cet article vous aura plu et inspiré, et je vous dit peut-être à très vite à la biennale, ou pour un prochain projet chez vous ;)

